Au Pays des Ombres : interview des auteurs

Pondu par Elsa
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Détail de la couverture d'Au Pays des Ombres

Au Pays des Ombres, page 5

Au Pays des Ombres, page 5

Au Pays des Ombres, page 6

Au Pays des Ombres, page 6

Au Pays des Ombres, page 16

Au Pays des Ombres, page 16

Au Pays des Ombres, c'est une très jolie BD qui aborde avec délicatesse le thème de la mort, de la perte d'un être cher. Elsa a interviewé les auteurs, Mathis et Thierry Martin !

Décidément, les nouveautés de cette fin d'année dans la collection Noctambules sont de vrais bijoux. Après Riff Reb's et son Loup des Mersc'est au tour des auteurs du très beau Au Pays des Ombres de répondre à mes petites questions. Au programme, une BD pleine de poésie, qui parle de la mort avec la fantaisie d'un regard d'enfant, servie par un dessin magnifique.

Pour Antoine, dix ans, la mort fait partie du quotidien. Son père est fossoyeur, et sa mère taxidermiste. Et puis il y a Vincent, son grand frère un peu benêt, qui est mort. Enfin il est mort, mais il est toujours là, dans le cimetière, pour jouer avec Antoine entre les tombes. Un jour, Vincent fait découvrir à son petit frère le monde d'en dessous, le Royaume des Morts. Peu après, il y disparaît, et le petit garçon part à sa recherche, dans cet univers mystérieux et plein de dangers...

Mathis (au scénario) et Thierry Martin (au dessin) réussissent à aborder le thème de la mort de manière sombre et, malgré tout, assez joyeuse. Cette bande dessinée pleine de personnages hauts en couleur, de décors magnifiques et de rebondissements farfelus donnerait presque envie de visiter le Royaume des Morts, pour y croiser l'un ou l'autre de ses habitants, et admirer les lieux. Antoine a beau côtoyer la mort depuis toujours, la perte de son grand frère n'en est pas moins douloureuse, et c'est avec ses armes d'enfant, et surtout son imagination, qu'il doit apprendre à faire son deuil.

Au Pays des Ombres est pour moi un vrai coup de cœur, une BD aussi belle dans son dessin que dans son texte (sans oublier la très jolie mise en couleurs), qui réussit à être drôle et pleine d'énergie en abordant un thème triste. C'est une grande aventure mais surtout une quête, qui trouvera un écho en chacun de nous.

Mathis et Thierry Martin ont eu la gentillesse de répondre à mes questions !

Pouvez-vous vous présenter, nous raconter un peu votre parcours ?

Mathis - Après des études dans le bâtiment et quelques mois de chômage, j'ai fait mon service militaire. Période ennuyeuse durant laquelle j'ai décidé de reprendre les études. Je suis allé aux Beaux Arts d’Epinal, puis de Nancy, et c'est là que j'ai fait la connaissance de Thierry Martin. Nous avons passé trois ans dans la même classe, partageant notre passion du dessin, de la bande dessinée et du cinéma. Après les Beaux Arts j'ai publié des bande dessinées puis, petit à petit, j'ai bifurqué vers la littérature jeunesse. J'ai publié une douzaine d'albums de bande dessinée (seul ou avec d'autres dessinateurs), et un peu plus de 60 livres jeunesse.

Thierry Martin - Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu faire de la bande dessinée et, paradoxalement, j’ai longtemps cru que cela était un rêve impossible car je croyais que mon dessin n’était pas bon. J’étais fasciné par les grands tel que Franquin, Peyo, Eisner et bien d’autres. J’ai très vite compris qu’il fallait que je travaille énormément pour un jour espérer arriver à exercer le même métier que mes maîtres à dessiner.

Après un diplôme aux Beaux Arts de Perpignan où j’ai passé trois ans à étudier les arts graphiques et après mon service militaire, j’ai ressenti le besoin de compléter mes études, et donc je suis rentré aux Beaux Arts de Nancy pour trois ans encore. Une période de chômage a suivi, puis une formation de story-boarder dans l’animation à l’école des Gobelins à Paris, intégrée suite à un concours. Depuis je réalise des story-boards pour l’animation télé et cinéma, mais l’envie de faire de la bande dessinée ne m’a jamais quitté et je me suis très vite dit que l’expérience acquise dans l’animation m’aiderait à franchir le pas.

Comment raconteriez-vous l'histoire d'Au Pays des Ombres en quelques mots ?

Mathis - C'est l'histoire d'un garçon d'une dizaine d'année, Antoine, qui n'accepte pas la mort de son grand frère Vincent...

Thierry Martin - ...et qui grâce à son imaginaire va pouvoir en faire le deuil.

Comment est née l'idée de cette bande dessinée ?

Mathis - Thierry m’a demandé de lui écrire une histoire. C’est lui qui a donné l’impulsion au projet.

Thierry Martin - Houlà ! c’est une longue histoire, on pourrait en faire un livre d’ailleurs (rires).

Aviez-vous déjà travaillé ensemble précédemment ?

Mathis - Aux Beaux Arts de Nancy, nous réalisions déjà de courtes bandes dessinées. Nous avions des projets qui n'ont pas abouti, lui en tant que dessinateur et moi en tant que scénariste et coloriste.

Thierry Martin - Tout est vrai. Mais aujourd’hui avec le recul je me dis qu’on aurait dû essayer le contraire, moi en tant que scénariste et coloriste et Jean-Marc en tant que dessinateur, cela aurait été un carton dès le départ, j’en suis sûr (rires).

Comment s'est déroulé votre travail sur cette histoire ?

Mathis - L'idée de départ était de faire un album classique de 46 pages, j'avais donc dessiné un scénario d'une quarantaine de pages. Puis nous avons eu l'opportunité de faire presque le double ! Le scénario a donc évolué petit à petit, Thierry développant certaines scènes et en proposant d'autres, moi rajoutant des choses ça et là. L'histoire de base servant de trame, je savais à peu près comment ça finirait, mais sans savoir de quelle façon les personnages principaux allaient se rencontrer. C'est en discutant régulièrement avec Thierry que nous avons trouvé toutes les solutions. Tout cela pour dire que Thierry ne s'est pas contenté de suivre un scénario, il y a beaucoup participé.

Thierry Martin - Rien d’autre à ajouter, votre Honneur.

Jean-Marc Mathis, qu'est ce qui vous a inspiré cette histoire ?

Mathis - Il se trouve que j'ai grandi en croyant être l'aîné d'une famille de cinq enfants. Sauf que je suis « l'aîné vivant ». Avant moi, il y avait eu un garçon qui a vécu un seul jour. J'ai beaucoup fantasmé sur ce grand-frère et aujourd'hui encore, je me demande ce qu'aurait été ma vie s'il avait vécu.

En 1993, dans le magazine Psikopat, j'avais publié une histoire en deux pages, celle d'un petit garçon qui jouait avec son très grand frère, un peu débile, qui meurt à la fin. Lorsque Thierry Martin m'a demandé de lui écrire une histoire, j'ai repensé à tout ça. Je me suis dit que ce serait bien d'aller plus loin, de raconter une histoire d'amour entre deux frères même si l'un est passé de « l'autre côté ».

Thierry Martin, cela a-t-il été facile de rentrer dans l'univers de Jean-Marc Mathis ?

Oui, pour la simple raison que nous avons presque les même goûts. Je pense aussi que mon expérience de travail en équipe dans l’animation m’a permis d’apprendre à mettre mon ego de côté pour mieux me concentrer sur l’histoire que je dois mettre en scène et dessiner.

Les décors occupent une place importante dans l'histoire, se déployant sur de très grandes cases, parfois deux pages entières. Avez-vous réalisé un travail de recherches sur des décors existants réellement (notamment le cimetière) ou tout cela sort-il de votre imagination ?

Mathis - Thierry et moi avons fait beaucoup de photos de cimetière. J'ai également fourni à Thierry quelques photos pour les scènes extérieures de l'école.

Thierry Martin - Il y a deux sortes de décors, ceux qui sont ancrés dans le réel et les autres ; par les autres, j’entends l’univers imaginaire, qui est propre à chacun.

Une grosse partie du cimetière vient de photos que j’ai prise au Père Lachaise, Jean-Marc m’en a donné d’autres venant de cimetières plus classiques. Pour les rues et les maisons, je prends des photos ou des croquis ; sinon, je demande à Jean-Marc s'il avait une idée précise d’un lieu, comme pour le décor de l’école par exemple. Pour la partie imaginaire je pioche dans toutes sortes de bouquins, il y a Giovanni Piranese par exemple.

Est-ce qu'aborder le thème du deuil, c'est devoir affronter ses propres démons ou au contraire une manière de les tenir éloignés ?

Mathis - Tout dépend de ce que vous appelez « démons ». Pour ma part, il me semble qu'aborder le thème du deuil est la meilleure façon d'accepter la mort. Celle des autres, et la sienne. La mort d’un proche, c’est quelque chose de tellement radical, une sorte d’amputation de soi-même, que plusieurs années sont nécessaires pour faire son deuil.

Thierry Martin - La question qui tue (rires). Oui c’est souvent le vide laissé par la mort qui est le plus redouté, pour soi- même ou pour nos proches. Et donc l’aborder, c’est commencer ce travail d’acceptation, je crois.

Au Pays des Ombres est une BD d'une rare richesse, qui parvient à être à la fois littéraire et très cinématographique. Y a-t-il des romans, ou des films, qui vous ont inspirés pour cette histoire ?

Mathis - Bien sûr. Tout ce que nous lisons et voyons nous inspire. Pour les romans, j'ai beau chercher, je n'en trouve pas un en particulier. Mais j’ai lu beaucoup de science-fiction et de fantastique quand j’étais adolescent. Pour le cinéma, par contre, il y a Orphée de Jean Cocteau et La maison du diable de Robert Wise pour certaines ambiances. Dans certaines scènes, nous avons tenu à faire des clins d‘œil à des films qu’Antoine pourrait avoir vus, comme Le bon, la brute et le truand de Sergio Leone, Les Temps modernes de Chaplin, Brazil de Terry Gilliam, j'en oublie certainement.

Thierry Martin - Oui et aussi Bandits Bandits de Terry Gilliam, un zeste du Voyage de Chihiro, un clin d’œil à Little Nemo, un poil de Mon voisin Totoro… Ce qui était important pour moi, visuellement, c’était de mettre ces références de façon intelligente afin de servir l’histoire et pas juste pour le plaisir de montrer que l’on a apprécié tel livre ou tel film.

Un grand merci aux auteurs pour leurs réponses !

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