« END », de Barbara Canepa et Anna Merli (interview fleuve)

Pondu par Elsa
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La couverture « classique » du tome 1 de END.

La couverture de la réédition spéciale du tome 1 de END.

Le tome 1 « classique » de END, recto-verso !

Étude préparatoire pour les chauves-souris #1

Étude préparatoire pour les chauves-souris #2

Étude préparatoire pour les chauves-souris #3

Avant colorisation...

Et après !

Rebelote : avant...

...et après !

Pour avoir une idée de la méthode de travail d'Anna et Barbara...

Étude préparatoire pour le personnage de Dorothea

Détails de la réédition spéciale de END

Étude préparatoire pour l'héroïne, Elisabeth

Étude préparatoire pour Napoléon le chat

Case de la page 14 de END

Cases de la page 14 de END

Cases de la page 19 de END

Cases de la page 44 de END

« END » est une superbe BD de Barbara Canepa et Anna Merli, qui ont accepté de répondre aux questions d'Elsa pour cette longue mais passionnante interview !

Barbara Canepa est l'une des deux auteurs de la BD culte Sky Doll. C'est aussi la directrice de la sublime collection Métamorphose chez Soleil. Et elle a donné naissance, avec Anna Merli, à une bande dessinée magnifique, sortie en juin dernier, END, qui connaît un immense succès. Une édition spéciale de ce premier volume sort pour les fêtes : un très bel objet accompagné d'une enveloppe contenant une lettre et une photo, ainsi que quatre pages inédites. À cette occasion, Barbara Canepa et Anna Merli ont eu la gentillesse de répondre à mes questions.

Elisabeth, 13 ans, est morte. Enfin, peut-être... Tout est bien mystérieux dans le collège de jeunes filles où étudiait notre héroïne. Les détails de sa disparition restent très flous, et personne parmi les adultes ne semble vouloir éclaircir cette affaire. Mais sa grande sœur est persuadée qu'elle est toujours vivante, quelque part. Et ses amies, de leur côté, veulent tirer cela au clair. Les plans s'élaborent en chuchotant dans l'école, sous le regard sévère des Sœurs. Elisabeth, elle, est ailleurs, avec pour seuls compagnons un chat, une chauve-souris et une grenouille.

Tout ceci est bien mystérieux, j'en conviens.... Mais vous en dire plus serait gâcher le plaisir. Bienvenue dans l'univers doux et sombre de END, la nouvelle série signée Barbara Canepa et Anna Merli. Une invitation dans un monde à la fois enchanté et effrayant, beau et angoissant. Où la magie côtoie la mort, et où le lent rythme des jours a des airs d'infini...

Un énorme coup de cœur, aux dessins sublimes, à la mise en couleur fascinante, et aux textes pleins de poésie. Mais Barbara Canepa et Anna Merli vous en parleront bien mieux que moi...

Barbara Canepa avait déjà eu l'occasion de se présenter dans cette interview à propos de la collection Métamorphoses, mais pour Anna c'est une première. Peux-tu te présenter, nous raconter ton parcours ?

Anna Merli - Je suis devenue dessinatrice professionnelle en 2001, après avoir fait l'IED de Milan, et suivit des cours à l'Académie Disney, toujours à Milan. J'ai travaillé pour Disney, et d'autres éditeurs. Ma première vraie BD s'intitule Rose et a été éditée par une association de BD à Crémone, la ville où je suis née, et où je vis.

J'ai rencontré Barbara durant une réunion Disney à Rimini en 2003, mais nous nous étions déjà croisées plusieurs fois sans faire plus ample connaissance. Quelques-uns de mes dessins étaient exposés à l'hôtel où Barbara était descendue. Elle les a vus et a pensé que mon style et mon univers intérieur, proche du sien, pourraient se prêter à un projet qu'elle gardait en elle depuis longtemps : END.

J'ai tout de suite accepté cette collaboration, j'étais très enthousiaste. Mais juste après, je me suis dit que je n'étais pas prête, tout ça était nouveau pour moi et cela me semblait trop difficile. Mais Barbara m'a encouragée et m'a permis d'entrer dans son univers et celui de END. C'était indispensable que la vision que Barbara et moi avions de END soit la même. Ce fut un travail long et intense... Mais au final nous sommes parvenues à une parfaite harmonie.

Comment raconteriez-vous END ?

Anna Merli - END est une histoire née dans le cœur et dans l'âme de Barbara. Je sais qu'elle a réfléchi à cette histoire très longtemps. Quand elle m'a proposé de réaliser avec elle les dessins pour cette BD, elle avait déjà compris que mon univers était similaire au sien. Elle l'avait vu dans mes dessins, avant de me connaître personnellement. Les réflexions sur la mort ont toujours pris beaucoup de place dans nos vies. Parce qu'elle est proche de nous, pour son inévitable mystère auquel chacun essaie de se soustraire - mais qui nous fascine aussi - et pour ses significations religieuses, philosophiques, spirituelles et tous les autres aspects que l'être humain lui a attribué.

END nous immerge là-dedans à travers Elisabeth, une petite fille de 13 ans qui n'est en fait plus en vie. D'elle on découvre sa féminité et sa force naissante, qui s'en sont trouvées renforcées. En Elisabeth on retrouve cette transition que nous avons tous vécue, en étant vivant-e-s, mais de manière toute aussi difficile.

Barbara Canepa - L'histoire de l’héroïne est celle de chacun d’entre nous. Elle est universelle. Il s'agit d'une histoire romantique, un peu noire et mélancolique, celle d'une jeune fille de 13 ans du nom d'Elisabeth. Elle découvre bien assez tôt qu'en dehors du fait d'être morte, elle possède des pouvoirs véritablement inimaginables. Tout ceci n'est qu'une excuse pour me permettre d'aborder un thème qui me tient particulièrement à cœur, celui de la mort, du trépas, de notre devenir…

C'est une initiation à ce voyage difficile que chacun-e d'entre nous, un jour ou l'autre, devra prendre. Je m'efforce de raconter cela de façon naturelle, pédagogique et métaphorique avec END, et pas de façon directe. J'aime mettre en lumière nos peurs les plus profondes et ancestrales, car moi-même, je les crains beaucoup. Je veux comprendre et accepter cet état de faits qui est d'ailleurs extrêmement naturel, mais aujourd'hui encore j'ai du mal à ne pas avoir peur de tout cela, surtout concernant les personnes que j'aime. La mort est devenue un sujet tabou dans notre société. Quel dommage ! Car elle est nécessaire, tout comme la vie : elle la complète.

Comment est née l'idée de END ?

Anna Merli - END est né d'une idée de Barbara. Quand nous nous sommes connues, nous ne savions pas encore exactement comment nous allions raconter cette histoire. Nous avons commencé à travailler ensemble, en écrivant et en dessinant en même temps. L'histoire et les dessins ont pris forme. Barbara et moi avons dû créer une harmonie vraiment profonde entre nous pour pouvoir réaliser ce projet. C'est plus qu'une simple collaboration, c'est une réelle symbiose.

Barbara Canepa - Cette idée stagnait depuis de nombreuses années au creux de moi, et demandait à sortir… J’ai commencé à écrire et dessiner quelques bribes dès 2003, alors que je travaillais encore sur Sky Doll. Mais je n’étais pas encore prête. Le projet avait encore besoin de temps de maturation, et surtout d’une personne autre que moi pour m'aider à l’accoucher… J’étais sûre de pouvoir affronter cet accouchement seule, jusqu’à ce que je vois les dessins d'Anna lors d’un meeting Disney à Vérone, en Italie. C’est là que j’ai compris. Me confronter à une autre sensibilité féminine ainsi qu’à d’autres peurs que les miennes : voilà ce qu’il me fallait !

Dans les dessins d'Anna, il y avait mon univers, il y avait Elisabeth. La chose la plus incroyable, c'est que nous ne nous connaissions même pas, elle ne me connaissait que de nom. Nous étions à peu près 400 artistes freelance à composer le noyau de Disney Italie, donc nous ne nous connaissions pas tou-te-s.

Anna était une nouvelle recrue, moi en revanche, j’enseignais à l’académie Disney Italie. Après avoir vu ses illustrations de la fée Clochette, je me suis mise à la chercher dans une des salles de cinéma (où Disney projetait tous les nouveaux films en exclusivité aux internes : nous les voyions 5 années avant leur sortie, avec des séquences en noir et blanc, ainsi que diverses études graphiques - c’est d’ailleurs l’unique chose qui me manque un peu aujourd’hui).

Avec mon savoir-faire légendaire, je suis donc entrée dans la salle obscure en ouvrant brusquement la porte durant la projection (plus de 250 personnes étaient assises à l’intérieur), et me suis mise à hurler : « Qui est Anna Merli ?!! » Silence... Puis une petite blonde, toute timide, s’est levée et est sortie, très embarrassée, en disant :  « C’est moi » ! Je pense qu’elle m’a prise pour une folle. Elle savait très bien qui j’étais, car à l’époque, j’avais déjà créé WITCH avec Alessandro Barbucci, mais il est vrai que lorsque j’y repense, je ris toute seule… À partir de ce moment-là est née entre nous une merveilleuse amitié, ainsi qu’une incroyable collaboration, qui continuera encore durant de nombreuses années, j'espère.

Vous voulez une autre anecdote ? END n’a pas été initialement présenté à Soleil…Mais à Dargaud. J’avais envie de changer d’éditeur, de regarder un peu ailleurs, d’explorer d’autres univers éditoriaux, de rencontrer d’autres personnes. Nous allions presque signer, et le jour même, à la dernière minute, Mourad (l’ancien patron de Soleil) nous a convaincues de rester, avec un contrat plus intéressant qui nous laissait plus de liberté. Je suis, aujourd’hui encore, très contente de ce choix ! Un an après, j’ai créé deux collections dans la même maison, que je dirige encore aujourd’hui. L’une d’elle est Métamorphoses, dont END fait partie. Métamorphose a été intégrée à END comme étant sa peau, son vêtement en quelque sorte, c'est l'espace éditorial parfait pour notre série.

Comment s'est passé le travail à quatre mains sur cette BD ?

Barbara Canepa - Il n’est pas facile de l’expliquer. Notre collaboration est empirique et irrationnelle… Peut-être parce que nous sommes deux femmes ? Je plaisante ! La seule chose que je peux dire est que c’est véritablement un travail à quatre mains, à deux têtes, et qu'Anna vous l’expliquera mieux que moi !

Anna Merli - Le travail entre Barbara et moi s'est déroulé ainsi : Barbara écrit le scénario avec beaucoup de détails. La direction, l'encadrement, l'atmosphère, sont toujours indiqués dans les storyboards, avec des dessins. Je passe ensuite aux brouillons de chaque planche, je les lui montre et elle les approuve ou corrige. Ensuite elle les redessine, ajoute des détails à l'histoire et seulement ensuite passe au travail définitif avec Photoshop, qu'elle fait entièrement seule et qui vaut pour quasiment 50% du résultat final. Barbara peut encore redessiner et coloriser des vignettes à ce stade.

Beaucoup de dessins de END sont entièrement réalisés à l'ordinateur, et ce qui est incroyable c'est qu'on ne voit pas du tout la différence ! Chaque planche est le résultat de nos recherches, nos émotions et notre concentration. Un vrai travail à quatre mains. Ce projet a été pour moi, et je crois aussi pour Barbara, un voyage en nous-même, dans nos capacités, mais aussi dans l'art. Nous avons beaucoup appris en nous inspirant d'artistes de grande envergure...Pour dessiner END, j'utilise des crayons et de l'encre de Chine au pinceau, pour la colorisation j'utilise l'aquarelle, les pinceaux et les crayons de couleurs. Le papier pour l'aquarelle est lisse, les originaux sont au format A3. Barbara, au contraire, utilise des crayons, l'ecoline (même technique que sur Sky Doll), des gouaches et Photoshop. Pour la couverture, c'est elle qui l'a colorisée sur ordinateur.

Quelles ont été vos influences pour l'univers, les décors, les personnages, les vêtements ?

Anna Merli - Les cimetières sont des lieux où j'ai souvent trouvé la paix, un endroit où l'on se souvient, et en même temps un jardin de méditation silencieux où Barbara et moi avons trouvé l'inspiration. Celui de Gênes (Genova), Staglieno, est le plus extraordinaire et riche, il transcende les émotions que l'on ressent quand on croise le regard de la mort. On la regarde en face et on la célèbre sous toutes les formes, à travers des sculptures merveilleuses qui rendent le lieu vraiment unique. Nous avons étudié l'art nouveau, les styles victoriens et romantiques. Nous nous sommes souvenues des dessins animés et des fables qui nous avaient donné envie, dès l'enfance, de faire ce travail. Nous avons étudié des artistes comme Mark Ryden, Hans Bellmer. Et puis il y a aussi tout notre passé, nos vieux livres de famille...

Barbara Canepa - END est constitué de mondes complexes et riches. Je l’ai pensé comme un univers à la Harry Potter (que j’aime beaucoup), me référant à tout ce que j’aimais enfant, où chaque recoin, chaque armoire, chaque pièce de la maison pouvait regorger de secrets. Il a fallu bien deux ans d’études, de recherches, de voyages, et de nombreuses références pour le compléter et en être toutes deux satisfaites.

END comprend un monde réel, très anglais, celui d’un collège dans lequel Elisabeth vivait avec sa sœur, ainsi qu’un monde fantastique et irréel dans lequel elle se retrouve après son décès. Les lecteurs doivent croire à ces deux mondes parallèles, comme ceux du sorcier le plus célèbre du monde, qui sont convaincus que, quelque part, le collège de Poudlard existe. La période historique est victorienne : costumes d’époque, architecture art nouveau, objets de styles Liberty pour les meubles.

Les étapes obligatoires furent pour nous la visite de musées, comme celui d’Orsay, ou encore le British Museum de Londres, ainsi que de nombreux autres, plus petits, des musées italiens, beaucoup de cimetières aussi… Celui qui a le plus inspiré l’univers de END est le cimetière monumental de Staglieno de Gênes, ma ville natale. Nous avons, Anna et moi, visité énormément de sites ensemble, de la France à l’Italie, pris des photos, fait des esquisses d’après nature dans d’innombrables petits carnets. Cela nous a pris deux ans et demi. Nous avons un tiroir rempli d’études préparatoires. Je travaille ainsi, je n’y arrive pas autrement. Mes inspirations viennent simplement de ma culture européenne concernant les arts qui m’entourent et que j’observe chaque jour. Je suis une curieuse. J’aime la peinture flamande et le maniérisme italien.

Pour les personnages, je suis aussi bien influencée par Disney (j’y ai travaillé 7 ans, il ne pouvait en être autrement), que par des dessins animés japonais comme Candy Candy ou Heidi. Ce que nous sommes aujourd’hui est ce que nous aimions jadis ! Voilà pourquoi END est une sorte de mélange manga (à partir de l’année 75 pour moi, et 85 pour Anna) et Disney concernant les personnages. Il y a tant d’illustrateurs qui nous ont influencées également, comme Arthur Rackham, Bauer ou Dulac, pour les décors. Nous venons de là et ne pouvons faire semblant d’être autre chose, impossible pour nous de jouer les petites intellos qui aujourd’hui plaisent tant à une certaine intelligentia parisienne, toute cette petite troupe d’auteures pseudo-bobo qui ne racontent pas grand-chose au bout du compte, et que je trouve vides...

Vides comme l’est aujourd’hui une certaine société consumériste et capitaliste, qui foisonne à Paris. Cette horde d’artistes féminines sans la moindre fibre artistique ou autoriale, qui déblatèrent des discours creux, se plagient l’une l’autre, cela me rend triste. Moi je suis ce que je suis, ce que j’ai vécu, vu, et aimé. Pour le meilleur et pour le pire. Si je jouais à raconter quelque chose que je ne suis pas, je serais une menteuse envers moi-même et envers les lecteurs… J’espère que ceux qui nous suivent le ressentent et le comprennent.

Barbara, tu as, avec Alessandro Barbucci, marqué les esprits avec Sky Doll, qui est une BD très forte. Est-ce difficile de sortir d'un tel univers pour en créer un autre, complètement différent ?

Barbara Canepa - Curieusement en fait, non… END est déjà dans Sky Doll: la partie religieuse et politique, assez noire, les intrigues, mais aussi l’atmosphère mélancolique, c’est moi. Je n’ai rien fait d’autre que de retranscrire en plus sombre ce qui m’appartient et me ressemble dans un autre livre. Le reste est juste le contenant, la partie esthétique. Créer de nouveaux univers est ma spécialité, c’est la partie que j’aime le plus, cela ne m’effraie pas du tout, au contraire, c’est même très excitant !

En parlant de Sky Doll, les deux titres abordent le sujet de la religion. C'est un thème important pour toi ?

Barbara Canepa - Oui, très. Cette thématique me rend malade car elle incarne le contraire de ce que je pense. Je ne comprends pas les religions en fait ! Comment peut-on croire à ces fables (ou légendes, comme vous voulez) absurdes, dont l’homme s’est revêtu comme d’une seconde peau pour surmonter sa peur irraisonnée de la mort, et ce, la plupart du temps, en écrasant des peuples entiers sous des menaces, des règles de vie absurdes, qui avaient peut-être un sens il y a deux mille ans, mais aujourd’hui ? La religion incarne le pouvoir. Le pouvoir sur les masses. Leur soumission. Je ne parle pas de la foi, mais bien du pouvoir religieux.

La foi, même si je suis athée, je pense pouvoir la comprendre. La peur en chacun de nous est grande, beaucoup ne parviennent à la surmonter, beaucoup ont besoin de croire que quelque chose de « supérieur » pourrait les y aider. L’espoir a toujours des aspects positifs, mais… Comment se fait-il qu’aujourd’hui encore, après plus de 3000 ans (pour certaines religions), nous continuions à en parler ? Elles sont archaïques. Nous devrions en rire.

Les religions ne devraient être à mon sens que des objets d’études sociologiques du passé, afin de comprendre la culture de certains peuples (de tous en l’occurrence ) et non cette chose encore aussi présente dans nos sociétés modernes. Il me semble que peu ont cette sorte de troisième œil ouvert, cette conscience des choses « véritables », et c’est bien ce qui m’effraie le plus. Le pouvoir est encore entre leur mains… Pas seulement le pouvoir moral, mais aussi le pouvoir financier, le pouvoir politique. Tout notre système fonctionne sur cette base. Je fais partie de ce système, je suis mêlée à ce mécanisme. Que faire ? Je ne peux tout de même pas émigrer sur Mars (même si j’y ai déjà pensé) !

Trêve de plaisanteries : toutes les croyances (même les plus stupides et les plus insignifiantes) fondées sur les peurs des êtres humains me donnent des frissons : ces angoisses sont ingérables et peuvent éclater d’un coup vers tous les excès. Aussi bien dans une petite communauté qu'au sein d’une famille, et même jusqu’à opposer un peuple à un autre. Alors que sur le fond, nous sommes tous des êtres humains, fragiles et mortels. Comme n’importe quel autre être vivant considéré par nous « moins intelligent ». Nous ne parvenons pas à vivre en harmonie avec nous-même. Ni avec le vivant qui nous entoure. Nous avons besoin de le dominer. Que vous dire ? L’être humain, c’est aussi ça. Et vu que je ne peux pas faire changer les idées et les opinions de qui que ce soit (je ne suis d’ailleurs personne pour me le permettre), eh bien, mon petit art, la BD ou l’écriture, à mon modeste niveau, reste un efficace média de communication.

La mort est également un thème omniprésent dans END. Il en était aussi question dans Sky Doll, et on la retrouve dans beaucoup des ouvrages de la collection Métamorphoses. L'aborder, c'est une manière de la défier ou de l'apprivoiser ?

Barbara Canepa - Je crois sincèrement que la mort est l'une des thématique les plus fortes qui soit, elle représente la peur de l'homme la plus absolue, la plus ancestrale. Cela m'intéressait donc d'aborder cette thématique avec un autre regard et d'autres artistes. L'unique chose à laquelle je tiens, c'est de l'aborder avec une certaine sensibilité, un certain romantisme... On doit l'apprivoiser et vivre avec, plutôt que de la combattre, non ? Mieux vaut s'en faire une amie, la côtoyer de temps en temps, et se présenter devant elle le jour de l'ultime rendez-vous sans aucune peur...

Je crois que END a été un projet assez long (on l'imagine facilement vu l'immense travail sur les détail, les couleurs, etc.). Est-ce difficile de travailler longtemps sur un même projet ?

Anna Merli - C'est vrai, ça a parfois été difficile. Mais une fois qu'on a trouvé la clé et l'harmonie, c'est encore meilleur que de travailler seule. Quand tu es seule à raconter des histoires, tu es la seule aussi à te mettre en jeu. Personne ne peut suggérer ou ajouter des choses pour l'améliorer, regarder les choses d'un autre point de vue, et l'insécurité peut t'assaillir au milieu de ton histoire. En travaillant avec Barbara, j'avais une guide géniale pour la direction. La narration, la qualité du dessin sont contrôlées et corrigées. Je vois cette collaboration comme une école, une occasion pour apprendre, et m'améliorer.

Nous avons dû trouver une espèce d'harmonie, de symbiose, pas seulement dans le dessin mais aussi dans l'esprit qu'il dégage, nous sommes entrées dans l'esprit d'Elisabeth exactement comme le fait un acteur. Nous avons transformé en trésors toutes nos expériences, celles que la vie t'impose et qui te rendent plus forte, te font comprendre ta place, qui tu es, pour survivre. Nous avons cherché dans notre imaginaire comment nous nous sentirions à sa place, à posséder ce pouvoir extraordinaire et horrible de la mort. Ça n'a pas été facile, nous avons discuté du plus profond de notre âme, de nos souvenirs tristes, de lutte, d'abandon... Tout ce qui se rapporte à la mort. Mais nous n'avons pas eu peur de l'observer parce qu'elle est inévitable.

J'ai hâte de continuer ce voyage, de me remettre dans la peau d'Elisabeth.

En combien de tomes la série est-elle prévue ?

Barbara Canepa - Trois tomes pour le moment. Mais il y aura aussi des livres qui diffèreront de la série principale. L'univers est grand et j'ai envie de l'explorer sous toutes ses formes...

Dans les textes de END, il y a une vraie poésie. Quels sont vos poètes ou poèmes préférés ?

Barbara Canepa - Merci pour le compliment ! Mais quelle question difficile. Il y a tant de poètes et d'écrivains que j'aime, et j'en découvre chaque jour de nouveaux, méconnus pour la majeure partie. Je lis (évidemment) beaucoup d'ouvrages en langue italienne, et je me suis rendu compte, il y a peu, que souvent, la France et l'Italie ne publient pas les mêmes livres. La France publie moins de productions étrangères, les livres que je trouve en Italie, même ceux de nouveaux et brillants auteurs, ne sont, pour la plupart, pas encore arrivés ici (et n'arrivent souvent d'ailleurs jamais). J'aime les auteurs dits « maudits », toute la littérature anglaise fantastique et d'épouvante, les ouvrages américains de la fin du 19ème...

L'écriture féminine de cette époque est même exceptionnelle ! J'ai un vrai faible pour les auteurs sud-américains, je pense qu'il n'existe pas une littérature aussi mélancolique et romantique que celle-ci. Je raffole de leurs saga familiales (Allende ou Sepulveda). Concernant les Italiens, ceux qui m'ont vraiment beaucoup influencée sont Dante Alighieri, Ludovico Ariosto, G. Leopardi, L. Pirandello, I. Svevo, Italo Calvino, Stefano Benni et Beppe Martini (les deux seuls encore vivants !).

S'il fallait n'en choisir qu'un, quel est votre personnage préféré dans END ?

Barbara Canepa - Elisabeth ? Non je plaisante... Tous, évidemment. Autrement, croyez-moi, je me serai bien gardée de les créer !


 

Un immense merci à Barbara Canepa et Anna Merli pour leurs réponses (d'ailleurs, pour celles qui attendent forcément la réponse : Barbara promet que Sky Doll tome 4 sortira pour Noël 2013) !

 

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